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L’Assemblée parlementaire de la Francophonie à la 152 ᵉ Assemblée de l’Union interparlementaire

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Publié le 23 avril 2026
Actualité

Réunie à Istanbul à l’occasion de la 152 Assemblée de l’Union interparlementaire, la délégation de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie a porté la voix des parlements francophones en faveur du multilinguisme, de la coordination entre sections membres et du renforcement de la diplomatie parlementaire face aux grands enjeux internationaux.

La délégation de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, conduite par sa déléguée générale, Amélia Lakrafi, députée française, et par Francine Landry, présidente de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick et déléguée régionale pour la Région Amérique, a pris part à la 152  Assemblée de l’Union interparlementaire, réunie à Istanbul du 15 au 19 avril 2026 à l’invitation de la Grande Assemblée nationale de Turquie. Placée sous le thème «Cultiver l’espoir, consolider la paix et assurer la justice pour les générations futures», cette Assemblée a réuni plus de 1500 délégués, dont plus de 720 parlementaires issus de 126 pays. L’APF y a pris une place active : coordination du caucus francophone, participation aux travaux du Forum des femmes parlementaires, prise de parole dans le cadre du débat général et contribution francophone à plusieurs ateliers thématiques, notamment sur la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité et sur les normes sociales qui font obstacle à la participation durable des femmes à la vie parlementaire.

APF

Une coordination francophone renforcée au sein de l’UIP

Conformément au mandat confié à l’APF par les délégations francophones à l’issue du caucus de la 151  Assemblée, l’APF a élaboré en amont de la 152  Assemblée une note diffusée aux sections membres. Ce document identifie les axes de mobilisation francophone sur les deux projets de résolution inscrits à l’ordre du jour — «Le rôle des Parlements dans la mise en œuvre de mécanismes solides de gestion post-conflits et dans la restauration d’une paix juste et durable» (Commission permanente de la paix et de la sécurité internationale) et «Bâtir une économie mondiale équitable et durable : le rôle des Parlements dans la lutte contre le protectionnisme, la réduction des droits de douane et la prévention de l’évitement fiscal des entreprises» (Commission permanente du développement durable) — ainsi que sur le renouvellement des instances de l’UIP.

Le caucus francophone, coanimé le 17 avril par Amélia Lakrafi et Francine Landry, a rassemblé une douzaine de sections. Au terme d’échanges nourris, les participants ont partagé un constat clair : le multilinguisme à l’UIP ne peut être envisagé comme un simple attachement de principe, mais comme une responsabilité collective qui engage chaque délégation. Des préoccupations concrètes ont été soulevées, qu’il s’agisse du déséquilibre entre versions linguistiques des textes de travail, de la maîtrise du français par les candidats aux postes de direction de l’UIP ou de la nécessité pour les sections francophones de se coordonner davantage en amont des scrutins et des processus de nomination. À cette occasion, l’APF a annoncé qu’elle déposera, si elle le juge utile, dès la prochaine Assemblée, ses propres amendements, conformément aux prérogatives reconnues aux membres associés par les statuts de l’UIP.

Participants

L’APF a également rappelé l’importance cardinale de la défense du multilinguisme au sein de l’UIP. Alors que le tiers des Parlements membres relèvent de l’espace francophone, le français doit pouvoir être pleinement reconnu comme langue de travail réelle et de production normative, et non réduit à une simple langue de traduction. À ce titre, la déléguée générale a souligné que la diversité linguistique constitue une condition de la crédibilité du multilatéralisme parlementaire.

Débat général : l’APF appelle les parlements à cultiver le courage, et non seulement l’espoir

Au cours du débat général, le 19 avril, Amélia Lakrafi a livré une intervention remarquée, invitant l’Assemblée à «renverser la perspective» — soit parler de guerre, pour donner une chance à la paix. Face à la multiplication des conflits et à leur caractère toujours plus meurtrier, elle a rappelé la réalité humaine qu’ils recouvrent : plus de 120 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées de force dans le monde. En outre, la déléguée générale a interrogé l’Assemblée sur le rôle qu’il revient aux parlements d’assumer «là où les diplomaties se taisent», appelant à une montée en puissance parlementaire concrète. «Les générations futures — celles dont nous parlons tant — ne nous jugeront pas sur nos communiqués, ni sur la beauté de nos discours», a-t-elle rappelé. «Elles nous jugeront sur ce que nous avons empêché, ou laissé faire. Cessons de cultiver seulement l’espoir. Cultivons le courage.»

AL

Forum des femmes parlementaires : l’APF en soutien de l’Agenda «Femmes, paix et sécurité»

Le 15 avril, Francine Landry a pris part à la réunion-débat du Forum des femmes parlementaires, consacrée cette année au thème «Intensification des conflits et recul des droits des femmes et des filles». Dans son intervention, elle a dénoncé l’usage systématique des violences sexuelles comme arme de guerre dans les conflits contemporains et l’exclusion persistante des femmes des processus de paix, alors même qu’elles sont en première ligne des crises et de la reconstruction.

La présidente de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick a présenté les actions menées par le Réseau des femmes parlementaires de l’APF dans le cadre de l’Agenda «Femmes, paix et sécurité», notamment deux séminaires de sensibilisation parlementaire organisés en Serbie et au Sénégal, ainsi qu’un atelier conduit en marge de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies. Elle a indiqué que la prochaine réunion du Réseau des femmes parlementaires, qui se tiendra à Yamoussoukro du 22 au 24 avril 2026, donnera lieu à l’élaboration de recommandations concrètes destinées à appuyer les parlementaires dans la mise en œuvre de cet agenda. «Défendre les droits des femmes, c’est défendre l’État de droit. Et là où les droits des femmes reculent, la paix recule aussi», a souligné Francine Landry, insistant sur la dimension politique et morale de cet engagement.

Mme Landry

Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité : alerte contre un système à deux vitesses

Le 18 avril, Amélia Lakrafi est intervenue dans le cadre de l’atelier consacré aux perspectives parlementaires sur la ratification et la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité. Elle a rappelé que la gouvernance du numérique ne pouvait se construire dans une seule langue et que les parlements francophones avaient une voix à porter dans ce débat.

La déléguée générale a alerté sur le risque d’un système à deux vitesses, dans lequel les parlements dépourvus de moyens — en particulier en Afrique subsaharienne francophone — deviendraient les angles morts du dispositif mondial, refuges pour la cybercriminalité ou, pire, États appliquant la Convention sans les garde-fous nécessaires à la protection des libertés publiques. Enfin, l’APF a réaffirmé, par la voix de sa déléguée générale, le rôle irremplaçable des assemblées interparlementaires dans le partage des corpus législatifs, la formation des parlementaires et l’accompagnement institutionnel — non pour imposer un modèle, mais pour outiller la souveraineté de chacun.

Débat

Normes sociales et participation politique des femmes : la délégation APF au programme WYDE

Le 18 avril également, Francine Landry a pris part à la session de formation intergénérationnelle organisée par l’UIP dans le cadre du programme «Femmes et jeunes dans l’engagement démocratique» (Women and Youth Democratic Engagement—WYDE), cofinancé par l’Union européenne et mis en œuvre avec ONU Femmes, International IDEA et l’organisation Cités et gouvernements locaux unis. Ce premier atelier pilote visait à identifier les normes sociales qui entravent la participation durable des femmes à la vie parlementaire et à promouvoir leur accès aux fonctions de direction, sur la base de modules développés à partir de consultations menées avec des parlementaires de plusieurs générations.

Élection d’Anda Filip, première femme secrétaire générale de l’Union interparlementaire

Au terme de l’Assemblée, le 19 avril, Anda Filip, de Roumanie, a été élue secrétaire générale de l’UIP. Elle devient ainsi la première femme à occuper cette fonction en 137 ans d’existence de l’Organisation. Elle succédera le 1er juillet 2026 à Martin Chungong, dont le troisième et dernier mandat prendra fin à cette date. Élue au premier tour avec 72 % des suffrages exprimés, Anda Filip est, depuis 2011, directrice de la Division des Parlements membres et des Relations extérieures de l’UIP, après avoir été observatrice permanente de l’UIP auprès des Nations Unies à New York de 2003 à 2011.

L’APF adresse ses plus vives félicitations à Anda Filip et se tient prête à poursuivre, à ses côtés, le partenariat étroit et confiant qui unit les deux institutions, dans le prolongement de la coopération exemplaire établie avec Martin Chungong.

Prochaines échéances de la Francophonie parlementaire

La mission à Istanbul s’inscrit dans un calendrier dense de la Francophonie parlementaire. Les prochains rendez-vous majeurs comprennent la réunion de la Commission politique au Cambodge (2-4 mai 2026), l’Assemblée régionale Afrique à Dakar (18-19 mai 2026), la 51  Session plénière de l’APF à Yaoundé (7-12 juillet 2026) et la 41  Réunion annuelle de la Région Amérique à Winnipeg (4-7 août 2026).